APPEL A BOYCOTT "Fred Mascaras n’est pas une SAINTE CHIENNE"

 

Fred Mascaras n’est pas une SAINTE CHIENNE

 
Documentaire Sainte Chienne / Holy Slut documentary Appropriation de nos histoires et de nos luttes, discours misérabiliste et capitalisation sur nos traumas ; l’histoire d’un documentaire volé, « produit », et « réalisé » par un HSBC.

 
                                                                                                                    25/07/2022 – Toulouse

 

C’est en mars 2020, durant le premier confinement, que Fred Mascaras filme les premières images de son précieux documentaire, supposé à ce moment-là n’être qu’une simple vidéo « un peu trash », « un peu à l’arrache » de tag militant, d’histoires de meufs et de trans veners qui veulent tout défoncer. C’est grâce à sa rencontre avec M., (membre du collectif), ainsi qu’à une bisexualité et une non-binarité complètement feintes, que Mascaras s’immisce dans nos intimités, qu’il parvient à nous piéger.
La vidéo à l’arrache se transforme rapidement en chef-d'œuvre naissant, qui ne nous appartient déjà plus. Cette promesse artistique et cinématographique se traduit par une véritable obsession malsaine que le réalisateur maîtrise peu, s’imaginant déjà l’envoyer au festival de Cannes, et révolutionner le monde du documentaire poétique. Quoi de plus poétique que des viols, des coups, des meurtres, après tout ?
Cette collaboration n’a été que manipulation, violence, invisibilisation et torture. De l’enregistrement de la voix off, jusqu’à l’extrême incitation à quitter l’anonymat, en passant par des choix artistiques plus que discutables, le réalisateur a montré à chaque étape de la confection de ce documentaire qu’il était problématique en tout point. M. a été poussé à bout le jour de l’enregistrement. Ses larmes, ses angoisses, son état psychologique clairement critique n’ont pas alerté le bourreau, qui n’a cessé de lui demander de recommencer son récit, en boucle, sans se soucier du nouveau traumatisme laissé à sa victime. Il n’a jamais répondu aux attentes du collectif en termes de collaboration non plus, et a fait appel à une majorité écrasante d’hommes cis hétérosexuels – qui ont tous été rémunérés, eux - pour mener à bien son projet. Il a négocié et insisté jusqu’à obtention de l’accord, un plan du visage de M. à découvert, brisant son anonymat et le rendant d’autant plus vulnérable. Il a tenu tête au collectif lorsque la demande de retirer la citation de Baudelaire de la note d’intention a été formulée de façon explicite, défendant le poète qui serait selon lui aussi misandre que misogyne. Il a également refusé l’idée de genrer M. au masculin dans la note d’intention, en avançant l’argument de la confusion et de la perte de sens pour éviter de souligner l’aspect moins rentable de la question trans.
Outre ces choix qui font déjà de lui un imposteur, la note d’intention qu’il rédige pour présenter le documentaire, en plus de le positionner en sauveur, montre sa très mauvaise compréhension du sujet, et suffirait à déclencher une nausée violente aux lecteur.ice.s concerné.e.s de près ou de loin par ces questions. Sa présentation misérabiliste sans pudeur, sans subtilité, est un véritable manuel de feminism washing, ou comment capitaliser sur des oppressions systémiques qui ne nous concernent pas. So typical. Il évoque dans un premier temps le « renversement de [la] condition de victime (Chienne) à celle d’Amazone (Sainte Chienne) » : il relate ici sa vision fantasmée, qui ne correspond en rien à nos réalités vécues, ou ressenties. Il continue :« j’ai voulu la montrer dans la solitude du confinement et de son cauchemar, telle une ombre empruntant un chemin jalonné de lumières ». On comprend tout de suite mieux son goût pour Baudelaire, ça se passe de commentaire. Mais ce n’est pas terminé... son choix du terme « révolution personnelle » nous fait hérisser le poil et dépolitise par la même occasion une lutte qui n’a rien de nouveau, de sensationnel ou de révolutionnaire, ni de personnel : depuis quand nous battons-nous contre les VSS? Cerise sur le sunday lorsqu’il cite baudelaire et sa boue d’or : « Son processus alchimique de création poétique décrit parfaitement mon intention de réalisateur, elle-même inspirée par la révolution identitaire de Sainte Chienne : transformer la laideur du réel en beauté, la faiblesse en force, l’avilissement en dignité ». Nous survivons quand nous ne mourons pas, et pendant ce temps, lui prend son pied à transformer la laideur de nos réalités en beauté, nos faiblesses en force, et s’octroie le pouvoir de nous rendre dignes par la grâce de sa vision artistique originale ? N’est-ce pas absolument fascinant ?

Le documentaire a été envoyé et diffusé dans plusieurs festivals en Europe et dans le monde en 2022. Nous n’avons aucune information, ni marge de manœuvre sur cette diffusion. Il a reçu un premier prix en Bulgarie en juin, sans que personne ne nous mette au courant de quoi que ce soit. Où est la place du collectif Sainte Chienne dans ce documentaire qui porte notre nom?
Par ce communiqué, nous souhaitons nous désolidariser d’un projet qui nous a été volé, et dont le sens a été approprié à des fins capitalistes, que ce soit en termes de prestige ou bénéfices financiers.
 
 

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